Senghor et Césaire créent eux aussi leur revue dans les années 1930 : L'Étudiant noir.
Ils sont totalement convaincus, désormais, que c'est ensemble qu'il faut mener le combat contre l'oppresseur et le titre choisi montre bien l'ambition du projet. Ils se lancent donc dans l'édition, avec Léon-Gontran Damas qui d'entre tous les compagnons sera celui qui leur est le plus proche. S'ils sont novices en la matière, ils bénéficient néanmoins des expériences qui ont existé avant la leur et auxquelles, parfois, ils ont été associés. La priorité de L'Étudiant noir est donc résolument so-ciale. Cela n'empêche pas les patrons de la revue de faire leurs premiers pas d'auteurs et de théoriciens. C'est dans l'un de ces articles que pour la première fois, sous la plume de Césaire, apparaît le mot « négritude ».
Même si au cours de sa brève existence, la revue L’Étudiant noir n’avait publié que ce mot, elle aurait mérité sa place dans l’Histoire.. Non seulement la négritude est née dans les idées, mais également dans les faits. Les auteurs jettent ainsi à bas les références qui leurs avaient été imposées. Les leurs, ils les connaissent désormais. Ils les ont choisies et n’en démordront pas. Ne reste plus qu’à convaincre le plus grand nombre possible de la justesse et de la légitimité du combat qui s’annonce. Et qu’ils sachent bien, tous autant qu’ils sont, que bien que Guyanais, Martiniquais ou même Malgaches, leur seule référence devient l’Afrique. Et toute la poésie, tous les manifestes, les discours et les actes sont produits en ces années là doivent témoigner de ce credo absolu. Aimé Césaire se souviendra avec une émotion intacte de cette période particulière de leur vie : “Après tout, nos adolescences furent entièrement liées. Nous lisions les mêmes livres, et souvent le même exemplaire, partagions les mêmes rêves, aimions les mêmes poètes. Nous étions tourmentés par les mêmes angoisses, et par-dessus tout, déprimés par les mêmes problèmes… Notre jeunesse n’était pas banale… Elle était marquée par la lancinante question, qui suis-je ? Pour nous, ce n’était pas une question de métaphysique mais de vie à vivre, une éthique à créer, et des communautés à sauver. Nous essayâmes de répondre à cette question. À la fin, notre réponse fut la Négritude.”
La Négritude, de son côté, est un mouvement littéraire, culturel et intellectuel initié par Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, et Senghor
qui se concentre sur la réhabilitation de la culture noire et de l'identité africaine dans la littérature et les arts.
C'est une réponse artistique à la colonisation et à l'assimilation culturelle, qui valorise la richesse de la culture noire
et la fierté d'être noir dans les années 1930.